
Par Manon Pouliot, Responsable de la Collection Loto-Québec, et Sarah Kitzy Gineau Delyon, directrice de artch

Par Manon Pouliot, Responsable de la Collection Loto-Québec, et Sarah Kitzy Gineau Delyon, directrice de artch
La saturation ou l'excès est propre à chacune, chacun. Nos limites ne sont pas universelles, et nous ne sommes pas saturé·es de la même manière. La charge émotive face à un événement n'a pas le même poids pour tout le monde et c'est peut-être là que réside toute la complexité du phénomène : ce qui fait basculer l'un·e, laisse l'autre encore dans une zone tenable. Ce point de bascule est inhérent à chaque personne.
Chacun ses affects, chacun son seuil.
La surcharge ressemble à un appel à l'aide : le moment où le corps, le cœur, les sens atteignent une limite. Un signal. Une alarme intérieure. Le corps qui parle quand la raison refuse encore d'entendre.
Ce minuscule moment où tout bascule, où le « plus » n'est plus synonyme du
« mieux », c'est là que cette exposition prend racine. Cette pensée intrusive, ce micro-état qui nous dit que c'est trop et que tout est sur le point de déborder . Ce qui était acceptable ne l'est plus. Un glissement imperceptible qui change tout. Le moment où le supportable devient insupportable, où le plein devient trop-plein.
Ce point de non-retour est riche : il contient en lui toute une histoire d'accumulation, de patience épuisée, de seuils franchis. Volcan d'avant éruption ou Big Bang, une concentration infinie de matière et d'énergie qui ne peut plus tenir dans son propre espace et doit exploser pour exister autrement.
Cette exposition pense la saturation comme condition de la création, de la transformation radicale.
Car la saturation, c'est aussi l'extase, l'exaltation, le jouissif , le lâcher-prise. Une perte de contrôle qui peut être douce et fatidique à la fois. Le mécanisme est le même, qu'on lui prête une connotation ou une autre : ça monte, ça monte et, tout à coup, ça explose. Que ce soit dans la jouissance ou dans l'effondrement, c'est le même mouvement ascendant qui cherche sa libération.
La saturation contient en elle cette double promesse : celle de l'épuisement ou de la révélation. Le moment où quelque chose cède, où quelque chose enfin peut advenir.
Le point de rupture comme possibilité.


Avec les artistes :
Artiste visuelle montréalaise, Janna Yotte développe une pratique sculpturale qui explore le corps, la vulnérabilité et la transformation. Formée en photographie et en graphisme, elle entame sa carrière grâce aux collages avant d'opérer un virage vers des œuvres tridimensionnelles percutantes.
Artiste interdisciplinaire basée à Tiohtià:ke/Montréal, Gabrielle Turbide développe une pratique à l'intersection de l'art, de la biologie et de la technologie. Elle s'intéresse aux formes d'effacement imposées, qu'il s'agisse de corps, de voix ou d'écosystèmes, et aux dynamiques de résistance qui les habitent.
Originaire de Gatineau, Zacharie Gauvreau est un artiste interdisciplinaire montréalais, diplômé en arts visuels et médiatiques de l'UQAM. Récipiendaire de la bourse d'excellence de la fondation McAbbie (2023), son travail a été exposé dans des galeries, centres d'artistes et festivals à travers le Québec, notamment à Blouin Division (2026), l'Atelier Silex (2025), artch (2023), Art Souterrain (2021) et AXENÉO7 (2019).
Graveur québécois reconnu, Guy Langevin (Collection Loto-Québec) pratique la taille-douce avec une maîtrise qui fait de chaque estampe un événement visuel. Son travail explore les zones d'ombre et de lumière, au sens propre comme au sens figuré, en travaillant des sujets où la douceur et la noirceur coexistent sans se résoudre.
Artiste visuelle dont la pratique interroge la mémoire de l'image et les limites des supports, Florence Viau travaille à la tension entre la permanence de la pierre et la fugacité de l'écran. Son œuvre explore ce que signifie fixer une image, et ce qu'on perd lorsqu'on tente de le faire.
Né à Port-au-Prince, Vladim Vilain est un artiste visuel dont la pratique se construit entre Haïti et le Canada, où il s'installe en 2012. Travaillant principalement à travers la photographie, il aborde l'image comme un espace de transformation où mémoire, spiritualité et identité se rencontrent. Ancrée dans l'afro-surréalisme, sa pratique puise dans des traditions ancestrales et le folklore pour construire des univers situés entre le visible et l'invisible.