Clint Roenisch Gallery
ExposantKiosque 125
Sarah Cale, Chris Cran, Catherine Carmichael, Jason de Haan, Dorian FitzGerald, Heather Goodchild, Jerôme Havre, Harold Klunder, John Massey, Niall McClelland, Studio Morison, Jennifer Murphy, Jon Sasaki, Margaux Smith, Anna Torma, Marcel van Eeden, Winsom Winsom
Pour cette édition de Plural, CRG est heureux de présenter sur son stand une œuvre monumentale de bricolage architectural photographique signée Jasmin Bilodeau (né en 1973 à Lac-Mégantic, vit au Québec). Bilodeau est principalement connu comme l'un des trois membres fondateurs du collectif d'artistes BGL, aux côtés de Sébastien Giguère (né en 1972) et Nicolas Laverdière (né en 1972). Il a entamé sa carrière solo en 2021. Lors d'une résidence à VU, le centre montréalais autogéré de production et de diffusion de la photographie, Bilodeau a réalisé quatre grandes œuvres représentant des façades fictives : un cinéma, une quincaillerie, un magasin d'électronique et un dépanneur. Chaque œuvre, entièrement faite à la main et dotée d'une atmosphère distincte, a été imprimée à l'échelle architecturale réelle. Ces œuvres rendent hommage à l'ingéniosité propre au Québec, connue sous le nom de « patenteux ». Un examen attentif révèle de nombreuses décisions ingénieuses prises par Bilodeau pour évoquer un aspect particulier, comme des feuilles peintes ou la pluie qui tombe, ou encore des surfaces qui semblent plus anciennes et plus patinées qu'elles ne le sont en réalité. Les œuvres mettent également en lumière le bourbier de notre ère post-vérité actuelle, où des images autrefois considérées comme des faits avérés doivent désormais souvent être remises en question quant à leur authenticité.
Les images de Bilodeau sont complétées par des œuvres de l'artiste canadien renommé John Massey (né en 1950, vit à Toronto) et de l'artiste textile canado-hongroise Anna Torma (née en 1943, vit à Baie-Verte, au Nouveau-Brunswick). À l'instar des œuvres de Bilodeau, la récente série de Massey, Rouge, Blanc et Bleu, explore également l'ambiguïté et l'insaisissable. Greg Burke, ancien directeur du Power Plant et du Remai Modern, écrit dans l'essai du catalogue : « Les projets de John Massey sont fréquemment liés à la photographie et au photoconceptualisme. Même si, ces dernières années, il a pleinement exploré les possibilités de la manipulation numérique, les images qui en résultent sont produites, dans leur forme finale, par des procédés photomécaniques et sont donc reproductibles en éditions. Alors que son dernier projet, intitulé RED WHITE & BLUE, poursuit la construction numérique des œuvres, l'étape finale du processus consiste en l'application manuelle de peinture sur certaines parties de la surface, qui dominent l'image et frappent le regard avec une force saisissante. Cet usage de la peinture représente une avancée majeure dans la pratique de Massey, puisqu'il transforme l'image en un amalgame photo-numérique et pictural, tout en produisant une image unique et irréplicable. À cette avancée s'ajoute la manipulation directe d'œuvres d'art préexistantes, en l'occurrence des gravures du XIXe siècle, elles-mêmes des interprétations stylisées de tableaux conservés dans les collections des musées européens. Ses projets précédents ont exploité des œuvres canoniques de… » Massey a instrumentalisé l'histoire de l'art à ses propres fins, mais jamais auparavant il n'avait aussi catégoriquement isolé et radicalement déformé une image existante.
Anna Torma est reconnue pour ses textiles exceptionnels. Nous sommes heureux de présenter ici une œuvre de sa série « Cartes pédagogiques ». Elle explique : « Mes œuvres sont des objets textiles brodés à la main. J’utilise souvent une base de lin et des fils de soie, les meilleurs matériaux pour réaliser des broderies fines. Elles présentent généralement des éléments narratifs forts, avec des nuances plus sombres qui dominent la surface. Je travaille sur l’idée de sentiments dionysiaques, représentant des figures masculines et féminines entrelacées par une végétation réelle et imaginaire, suggérant une interconnexion au sein d’un microcosme terrestre. Je souhaite également exprimer la joie et l’appréciation des mythes et légendes des différentes cultures, des orientations sexuelles, des fleurs, des fruits, des couleurs, des créatures vivantes et imaginaires, en considérant l’environnement et l’identité humaine comme un tout, à la fois fragile et en perpétuelle évolution. » Dans sa critique de l'œuvre de Torma pour White Hot Magazine, James Campbell souligne à juste titre que, « influencée par des artistes aussi divers que Jean-Michel Basquiat, Kiki Smith et son propre compagnon, le sculpteur István Zsakó, Torma déploie un langage visuel brut, expressif et expérimental. On pourrait même le qualifier d'élémentaire. Elle apporte une vision singulière à des œuvres dont l'accessibilité varie et qui se prêtent à de multiples interprétations. Intégrant à ses compositions la sagesse et l'expérience d'une vie vécue, elle offre au spectateur une expérience profondément émouvante. Ses réflexions nocturnes et ses juxtapositions surréalistes suscitent un sentiment d'étrangeté et d'imprévu. »